Je suis un des leurs - David Ruiz Martin


Lorsque Raúl Pontes, journaliste désabusé et mal dans sa peau, apprend l'existence d'un grand-père passé pour mort depuis trente ans, son sang ne fait qu'un tour. Qui est cet homme et pourquoi a-t-il disparu aussi longtemps ? Persuadé que ce nouveau coup est l'oeuvre de ses sœurs et de son irresponsable mère, un seul choix s'offre alors à lui : celui de pousser la porte de ce passé occulte. Horacio, ce grand-père au comportement amer lui demande alors une faveur étrange : retrouver son amour il y a plus de soixante-dix-ans, lors de la guerre civile espagnole. C'est sceptique que, finalement, Raúl accepte, ignorant que c'est un pan entier de sa propre histoire qu'il s'apprête à déterrer. Ses indices le mèneront jusque dans les rues bondées de la capitale espagnole, en plein coeur du Madrid historique et de sa ferveur perpétuelle... ...mais le pousseront, aussi, bien plus loin, aux limites de l'insoutenable, où se mêlent les œuvres d'amour et de mort d'une guerre civile injuste et fratricide. Lancé sur les traces de cet amour impossible, Raúl ignore que cette plongée fulgurante dans ce pays rongé par le souvenir ébranlera ses convictions et les fondements mêmes de sa propre existence.


  • Catégorie : Littérature adulte
  • UGS : 978-2-490288-53-3

Prix :18


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Description

Extrait

— Raúl… c’est Mamá Linda… elle… elle… cette nuit… s’est endormie…

Je crus ne pas bien comprendre ses mots. Pourtant, c’était clair. Je laissai Luzia reprendre ses esprits avant de lui annoncer à mon tour la même nouvelle. Elle demeura sans voix au début. Puis : « Ils sont morts la même nuit Raúl… que veux-tu penser de ça… ? Il n’y a rien à dire… » me souffla-t-elle doucement. Mes sentiments demeurèrent comme prisonniers d’une cage invisible.J’ignorais quelle conclusion donner à leur mort. Luzia sanglotait mais tenait bon. Et en effet, il n’y avait rien à dire. Nous avions tous les deux compris et nous seuls, avec Vidal, saisirions à jamais cet étrange événement.

Vidal fut d’une aide précieuse les jours suivants. Il m’épaula dans tout ce qui concernait la préparation de l’enterrement, alors que le seul besoin que je ressentais était de me retirer de tout et me terrer durant des semaines, et que je sois le seul à décider du jour où je ressortirais, alors que d’autres ressentaient le besoin brûlant de s’entourer de leurs proches, de leur parler et d’échanger leur désarroi. Mais la vie est cruelle, surtout dans les pires moments. Et au lieu de nous laisser le temps du deuil, des paroles et des souvenirs communs, le rouleau compresseur du vingt et unième siècle nous agrippe par le bras et nous tire vers des obligations inhumaines. C’est alors que débuta le marathon des téléphones aux assurances, aux impôts, à la commune, du choix du cercueil, du choix du curé et même de ces foutues fleurs d’ornement, du lieu de la cérémonie ainsi que celui du petit gueuleton qui s’ensuivrait, et tout ça en deux malheureux jours.

Je me sentais pris dans ce cercle vicieux que l’on nomme « société», celle-là même qui nous poussait à avancer tout en nous incitant à arracher les rétroviseurs de nos vies, « pour notre bien »se gargarisaient-ils tous, « pour éviter de trop s’apitoyer ». On aimerait que le temps s’arrête, juste quelques instants, afin de nous laisser reprendre le souffle qui tend à nous manquer. Mais ce bougre semble alors filer encore plus vite. Le monde d’aujourd’hui est ainsi fait. C’est une course perpétuelle vers une destination qui ne nous convient pas toujours mais que la société nous oblige à atteindre. Et on ne se rend compte de l’absurdité de ce rythme infernal qu’une fois les deux pieds dedans.


Format : 148x210

Papier blanc

Couverture : brillante

441 pages

18€

ISBN : 978-2-490288-25-0