Jeanne Rivoire


Jeanne Rivoire
Romans

Jeanne Rivoire est née à Alger en 1972. Elle est bibliothécaire. Elle a publié des textes dans des revues (Inculte, Lieu-Dit…) puis un premier roman, Suicide et inversement, en 2010 aux éditions Jacqueline Chambon. Tous les hommes sont rois est son deuxième roman.


Et si l'éditeur en parlait ?

DP Tous les hommes sont rois.pdf


Les lecteurs en parlent


L'auteur en parle


L'écriture de Tous les hommes sont rois

 J'ai commencé à travailler ce roman il y a longtemps, en 2004, c'est-à-dire à un moment où la loi contre le harcèlement moral au travail avait déjà été votée (2002), mais où la problématique de la « souffrance au travail » était encore peu relayée par les médias. C'était avant la vague de suicides à France Télécom (2008-2009), avant que les travaux du psychologue du travail Christophe Dejours ne commencent à être connus du grand public, avant que je ne m'enquière, moi-même, des problématiques du travail au 21ème siècle.

Si j'avais alors envie d'écrire un roman sur le travail, ce n'était pas pour m'inscrire dans ce qui allait bientôt devenir un débat de société, mais parce que la romancière que je suis s'intéresse au quotidien, au prosaïque, à l'ordinaire. (Et pas tellement au romanesque…). Or qu'y a-t-il de beaucoup plus quotidien que le travail ? Ce qui m'intéressait par exemple, c'était d'explorer la manière dont mon protagoniste allait, au travail, tenter de concilier ses contraintes professionnelles avec ses besoins vitaux : le besoin d'éprouver de la joie, le besoin de nouer des relations humaines satisfaisantes, le besoin de faire un juste usage de son énergie, le besoin de mener à bien des actions qui aient pour ce protagoniste un sens, etc.

Je suis habitée par la question de savoir comment être à la fois un individu – quelque peu singulier, quelque peu libre – et l'un des rouages – contraint, captif – de la grande machinerie sociale. La démarche consistant à concilier cet inconciliable m'apparaît parfois comme un moteur de vie tout autant qu'un moteur d'écriture.

C'est beaucoup plus tard (et il est vrai que ce travail littéraire s'est étalé sur plus de dix ans) que la problématique de la souffrance au travail s'est invitée dans ce livre. 

Et surtout la problématique du management, cet animal étrange : plein de contradictions, plein de bonnes intentions… Je me suis alors documentée sur ces sujets, avec des ouvrages de psychologues du travail, de sociologues du travail, de journalistes, de témoins. Puis j'ai réalisé une enquête : je suis allée à la rencontre d'une vingtaine de personnes qui m'ont raconté leurs « histoires de travail ».

C'est l'une des choses que j'aime le mieux dans l'écriture: elle me fait à la fois plonger au fond de moi-même et m'élancer vers l'extérieur.


Pourquoi ce titre ?

« Tous les hommes sont rois » est le début d'une citation mise en exergue du roman :


« Tous les hommes sont rois,

toutes les femmes sont reines,

et princes les travaux de tous. »

José Saramango

Le Dieu manchot

dont l'on peut dire qu'il s'agit aussi d'un roman sur le travail, puisqu'il raconte la construction d'un couvent au XVIIIème siècle.

Dans ce cadre, l'on peut entendre le mot « homme » dans le sens d' « humain » : le livre aurait pu s'intituler « Tous les humains sont rois ». Il met en scène des situations de travail où l'héroïne doit se soumettre à des décisions lui semblant absurdes, à des choix lui paraissant arbitraires, voire à des intérêts particuliers… Dès lors, elle vit son obéissance professionnelle comme aliénante, s'interroge sur sa servitude (volontaire?), la compare à son idéal d'émancipation individuelle et collective. En cela, son parcours professionnel est également initiatique et à la fin du roman a surgi en elle un nouvel être, « qui se met à porter sur ses journées de boulot un regard tout différent, tout nouveau, un animal politique c’est ça un petit animal, tu vois, tout mignon, tout chaud ».


 Le teaser